A la trêve des confiseurs, nos formations présentent un bilan que l’on peut qualifier d’exceptionnel, notamment au niveau des jeunes. Après l’interview du président Bertrand Taczanowski réalisée le mois dernier, celle du manager général chargé du sportif Yann Skoczylas s’imposait tout naturellement. Merci à lui d’avoir répondu à nos questions!

Notre photo: Yann Skoczylas joint le geste à la parole lors de la soirée sponsors organisée en mai dernier à la suite du titre de champion de France remporté par nos U15 à Agen. L’ex-espoir du MBC dirige avec réussite une équipe de techniciens hors pair. (photo Jean-Laurent Soltner)

  1. Tu as quitté le FCM pour rejoindre notre club à l’été 2015 avec toute ton équipe de techniciens. Après deux saisons et demie, comment te sens-tu à Pfastatt ?

Tout va très bien, mais il est vrai qu’à notre venue nous avions entendu beaucoup de choses, pas toujours positives et surtout de personnes qui ne sont pas ou plus au club. J’ai entendu dire que notre venue ne marcherait jamais car le FCM et Pfastatt n’avaient pas le même ADN… Le résultat est que j’estime et dis haut et fort que nous avons été très bien accueillis par des très bonnes personnes, et je sais pour parler au nom de tous mes entraîneurs que nous nous sentons très bien dans ce club, que nos conditions de travail sont bonnes et que la bonne humeur est présente quotidiennement.

  1. L’équipe une est classée à la deuxième place de la poule D de N2, qualificative pour les play-offs d’accession en N1. L’appétit venant en mangeant, on se met à rêver sur les bords de la Doller. Qu’en penses-tu ?

Oui, c’est certain, nous sommes tous des sportifs et bien entendu l’accession en N1 serait…(je n’ai pas de mot) EXTRAORDINAIRE. Cependant, comme tout le monde le sait, le club de Pfastatt est avant tout un club formateur, tourné autour des jeunes, pour les jeunes. L’équipe une étant une véritable locomotive médiatique et financière pour notre club, elle est bien entendu très importante, mais je peux assurer que jamais nous ne mettrons le club en danger financièrement pour l’équipe 1. Jamais nous ne recruterons des mercenaires désintéressés, c’est pour cela que je me suis réjoui du recrutement fait cette année par Jean-Luc Monschau qui tourne autour de jeunes issus de centres de formation. Ces jeunes sont parfois disponibles pour entraîner nos équipes de jeunes, entrant ainsi tout à fait dans notre idéologie. La montée en N1, on en parle peu pour l’instant car nous avons assez de travail avec toutes nos équipes de jeunes. On fera le point vers le mois de mars. Si à ce moment-là nous sommes toujours aussi bien classés, alors nous analyserons et réfléchirons sur l’avenir. Mais un grand bravo à l’équipe 1 dans son intégralité car en plus d’être de bons joueurs, les gars sont des types vraiment très bien.

  1. A deux journées de la fin de la phase aller, l’équipe réserve est deuxième du championnat prénational, un classement synonyme de montée en N3. Est-ce un objectif envisageable et souhaitable ?

Oui clairement, notre priorité n’a pas forcément été l’équipe 1 cette année, mais l’équipe 2 ! Pour preuve, elle a été entièrement équipée, elle a un nouveau coach en la personne de Laurent MINNIG et un nouvel adjoint Francis RIEBER, et elle bénéficie du recrutement de très bons jeunes joueurs, de la conservation de Damien THIBEDORE et de très bonnes conditions d’entraînements. Là encore, nous verrons un peu plus tard dans la saison, mais nos seniors 2 sont pour nous un réel projet dans le club et c’est vraiment super de voir des garçons de 17 ans (pour certains) jouer dans cette équipe. C’est tout à fait ce que nous voulions et la tendance va encore s’accentuer dans quelques années avec nos jeunes qui continuent à arriver et qui vont pousser des portes…

  1. 48 victoires en 49 rencontres. Tel est le bilan présenté par nos équipes première de jeunes. Il se détaille ainsi : 7/7 pour les U20 Alsace de Julien Bruder, 6/6 pour les U17 Alsace de Jean Louis Tschamber, 10/10 pour les U15 France d’Hervé Clodi et Annick Riff, 8/8 pour les U13 Alsace de Stéphane Diebold, 8/8 pour les U11 de Georges Aunis et 9/10 pour les U9 de Christel Chaumartin. On en reste bouche bée. Quelles sont les raisons d’une telle réussite ? Quels sont les objectifs fixés dans chacune de ces catégories ?

Les raisons : LE TRAVAIL et LE SERIEUX ! C’est vrai que les résultats sont très bons, encore une fois nous avons la chance d’être très attractifs ce qui nous donne la possibilité de recruter de bons joueurs. Nous avons également mis en place une politique élitiste, tournée autour de l’excellence et du travail, nous établissons des fiches de présence, certaines équipes ont même un préparateur physique, nombreuses équipes participent à de gros tournois ce qui met de suite nos jeunes en situation de haut niveau. De plus, et je pense que c’est le cœur de la réussite : la qualité des entraîneurs. Je pense que l’on peut avoir toutes les structures et tout l’argent que l’on veut, si les entraîneurs ne sont pas heureux, compétents et investis, c’est l’échec. Ainsi mon travail au quotidien est d’apporter un soutien, des limites parfois, des moyens et une ligne directrice à tous mes entraîneurs, et ce, en matière d’organisation, de vision du jeu, de cohérence par rapport au positionnement de chaque jeune. Il faut savoir que chaque jeune du club est important, connu et positionné de façon individuelle dans la structure.

Les objectifs : l’école de basket forme les jeunes à être performant dès le plus jeune âge et les poussins 1 ont leur premier vrai objectif avec le mondial de BOURBOURG. Les U13-1 : champions d’Alsace et préparer les minimes France pour certains. Les U15 : meilleur résultat possible, les U15-2 peuvent espérer un titre de champions d’Alsace, les U15 France ont atteint l’objectif de qualification pour la poule haute, après… pourquoi pas un doublé champion de France mais ce sera très difficile et nous n’y pensons pas. Les U17 : champions d’Alsace et champions du Haut-Rhin. Les U20 : champions d’Alsace.

Ce sont des objectifs qui ont été fixés aux coachs de certaines équipes. Les autres ont un objectif de formation, c’est-à-dire travailler pour l’année d’après.

  1. Les équipes 2 ne sont pas en reste avec notamment les U15 Alsace d’Hervé Clodi et Anthony Sipp, qui peuvent encore rêver du titre, ainsi que les U17 de Quentin Diehl et les U13 de Jordan Heldt invaincus en championnat. Les raisons du succès sont-elles identiques ? Peut-on parler d’hégémonie de la formation pfastattoise ?

Oui tout à fait, ce qui peut expliquer ces résultats sont les liaisons. Je m’explique : les équipes ne sont pas fixes et fermées et c’est une réelle volonté de ma part. Les jeunes s’entraînent avec plusieurs techniciens, dans différents endroits et à différents niveaux (avec bien entendu une équipe de référence). Ainsi ils jouent toujours au niveau le plus élevé que les règlements et leurs capacités permettent.

Les équipes 2, voire 3, ont toujours des objectifs, elles sont aidées pour les atteindre par les autres équipes, qui fournissent quand elles le peuvent des joueurs en complément.

  1. Les moyens mis à disposition pour travailler, notamment en matière de salle, sont-ils suffisants ? Si tu réponds par la négative, où sont les manquements et comment peut-on y remédier ?

Oui et non : oui car tous les entraîneurs ont obtenu les créneaux qu’ils souhaitaient. Non car ce sont des créneaux payants et très coûteux pour le club car extérieurs. Nous nous entraînons à la salle polyvalente, à Morschwiller-le-Bas, au Cluny, au centre sportif de Mulhouse, ce n’est pas l’idéal mais les résultats prouvent que malgré tout ça marche. L’idéal dans un monde merveilleux serait une nouvelle salle sur Pfastatt ou un agrandissement de l’actuelle Poly, mais ça…

  1. Les meilleurs U15 (Aubin Desestrets puis les champions de France Alex Skoczylas, Valentin Tschamber et Hugo Minnig en juin dernier) ont quitté le club pour intégrer des centres de formation. Seraient-ils restés si l’ASSM avait pu engager une équipe de cadets France ?

NON ! Car pour bien connaître les structures de beaucoup de centres de formation nous sommes encore très très loin de leur structure professionnelle. Un jeune qui a l’opportunité de partir en centre de formation « professionnel agréé PRO A », pas dans n’importe quel centre de formation mais un bon centre de formation, doit la saisir. Le retenir serait une erreur car ces centres ont des structures que nous ne posséderons jamais. Le centre de formation de Pau, que mon fils a intégré, dispose par exemple d’un budget de 800000 euros pour les U18 et espoirs, de 6 salariés à plein temps, de deux salles dont le palais des sports pour eux avec les pros, d’une gestion médicale à la pointe, d’un podologue, d’un préparateur physique, d’un intranet, de structures d’accueil exceptionnelles et de partenariats avec des lycées. Voilà pourquoi nous ne les aurions pas retenus. Maintenant avoir des U18 France permettrait peut-être de conserver certains éléments la première année pour ensuite laisser très rapidement partir ceux qui arrivent à jouer à ce niveau. Mais rivaliser avec des centres de formation n’est pas possible. Néanmoins, encore une fois pour la continuité de formation, nous souhaiterions obtenir une équipe U18 France dès la saison prochaine.

  1. A propos des U15, revenons en mai dernier. La troupe dirigée par Stéphane Jung et Annick Riff, le premier remplacé début février par Jean-Luc Monschau, remporte le titre de championne de France à Agen. Alex, ton fils aîné, est un des fers de lance de l’équipe où évolue également ton plus jeune, Marc. Comment as-tu vécu cette fantastique épopée ? La nouvelle génération, avec Marc désormais joueur majeur, est-elle en capacité de rééditer cette performance ?

Alors là comme on le dit souvent, il faut l’avoir vu pour le croire ! C’était exceptionnel (et je n’aborde jamais le sujet de mes enfants !), le club de Pfastatt a été représenté de façon exceptionnelle et ce weekend à Agen restera pour ces jeunes un souvenir à jamais gravé dans leur vie de sportif mais surtout dans leur vie d’homme. Nous avons vu une équipe collective juste injouable sur ce final four, personne n’a cherché à tirer son épingle du jeu, tous les joueurs ont été au service de l’équipe (je dis souvent aux jeunes qu’il n’y aucun joueur plus important que l’équipe!), tous les joueurs majeurs ou remplaçants ont été exceptionnels. La demi-finale semblait perdue à -13 à 8 min de la fin, et ce retour… un jeu collectif, de la réussite au shoot, bref une équipe injouable ! Paradoxalement, la finale a été presque plus facile mais là à nouveau, devant une foule tout acquise à la cause de nos adversaires, nos jeunes ont été incroyables et je me plais à dire que toutes ces années de stress, de stages, de tournois, de sélections, de KGB… leur ont servi sur ce weekend car j’ai vu des jeunes aborder cette compétition comme des pros. Avec les coachs, nous avons mis en place durant trois semaines de préparation une véritable opération « Titre de champion de France »: entraînements plus nombreux, départ en bus la veille, nuit à l’hôtel, collation…

Cette année je pense que ce sera plus compliqué car nous manquons de puissance et de leaders naturels. Nous avons de très bons joueurs, mais pour un titre il ne faut pas être très bons mais encore plus. Ceci dit, l’année dernière à la même époque, je n’y croyais pas du tout, je fais confiance aux coachs et aux jeunes pour travailler, progresser et… gagner !

  1. Un refrain déjà entendu à Mulhouse revient régulièrement à nos oreilles : la formation, ça coûte cher et ça ne sert à rien puisque les meilleurs joueurs partent. Que réponds-tu à ce genre de discours ?

Cela fait trente ans que j’entends ça (j’ai moi-même été formé à Mulhouse). Je vais surprendre mais c’est en partie vrai, car ça coûte cher, entre les engagements, les déplacements, les indemnités des coachs, les équipements, les créneaux de salle… Si nous décidions de couper la formation, je suis persuadé que nous pourrions facilement accéder en N1. Cependant dire que cela ne sert à rien, ça dépend pour qui et comment on se positionne. Nous, dirigeants et entraîneurs, ne sommes pas là tous les jours pour nous-mêmes, nous ne sommes pas à la recherche de quelconques articles, récompenses et/ou reconnaissance mais juste par plaisir désintéressé. Nous sommes là pour les jeunes, leur plaisir. La formation, c’est ce qui nous anime. Pour ma part, je pense être à peu près compétent pour la formation mais pas pour gérer une équipe professionnelle, cela ne m’intéresse pas et je ne m’y connais pas. Donc je préfère rester dans mon domaine de compétence. J’invite ceux qui prétendent que ça ne sert à rien à simplement consulter la liste des joueurs formés chez nous qui sont partis. Ils sont partis, et bien tant mieux pour eux ! Ce qui est certain, c’est que si un jeune revient dans le Haut-Rhin et qu’il n’a pas réussi à être pro, il reviendra du coup chez nous. Et enfin je prends un réel plaisir à venir voir les tout jeunes jouer. Dans une association, il faut d’abord se faire plaisir, et mon plaisir c’est la formation.

  1. Pour finir, on rappelle que tu joues encore avec les seniors 4 en compagnie notamment de ton président, ton beau-frère Jérôme Lentz, et quelques entraîneurs lorsqu’ils sont libres. As-tu le même plaisir à jouer et te donnes-tu toujours à fond ? Ton mot de conclusion?

Plaisir sur le terrain oui, mais le corps ne suit plus comme à 20 ans mais il est vrai que je viens dès que je peux parce qu’avant tout on a plaisir à se retrouver tous ensemble autour de la même passion qui nous anime, même si après les matchs c’est parfois difficile… Je voudrais surtout profiter de l’occasion qui m’est donnée de m’exprimer ici pour tirer un grand coup de chapeau à tous mes entraîneurs, car ce sont eux la véritable réussite du club. On oublie trop souvent Alain HEMMERLIN et Christel CHAUMARTIN, qui font un travail exceptionnel avec les tout jeunes, ainsi qu’Abdel JAOUDI et Georges AUNIS. Que dire de Stéphane DIEBOLD sur les U13 avec ses deux coachs, Santo ROTTURA et Jordan HELDT ? Leur travail est juste énorme. Hervé CLODI, Annick RIFF, Anthony SIPP et Eric HEITZ mettent les U15 dans des conditions de travail exceptionnelles, Jean Louis TSCHAMBER et Quentin DIEHL poursuivent l’ouvrage de formation sur les U17 pour finir avec Julien BRUDER et Pascal SIEBOLD sur les U20 et S3, et Laurent MINNIG sur les S2. Vous l’avez compris, tout ce travail de très bonne qualité réalisé par tous les entraîneurs est un travail de groupe. Je remercie également Stephen COFFEY, joueur pro US du FCM, qui nous donne un coup de main sur des entraînements individuels et techniques que j’ai la chance de diriger avec lui, et qui touchent certains U15 et certains U17. Ce sont des séances hors normes qui apportent un nouveau regard sur le basket à ces jeunes. Enfin, Jean-Luc MONSCHAU… juste impressionnant, j’ai pu travailler plus avec lui sur les U15 France l’année dernière pour le final four. C’était vraiment superbe, sa qualité, sa générosité et sa connaissance. Je le répète : juste impressionnant !

Interview réalisée par JL-S

  • Publié le 22 Déc 2017 par jls catégorie Interview ()
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