Jean-Luc Monschau a bien voulu répondre à nos questions et nous l’en remercions. Précis, percutant et sans détour comme à son habitude, le natif de Mulhouse et résident à Pfastatt s’exprime sur différents sujets autour de la création du MPBA. Profitez!

Notre photo: c’est ravi de pouvoir animer les premières séances d’entraînement du MPBA Elite au gymnase Maurice Schoenacker que Jean-Luc Monschau a entamé une 27e saison sous les couleurs mulhousiennes ou pfastattoises. (photo Jean-Laurent Soltner) 

  1. Retour sur la saison dernière et la 3e place de la poule D de N2 avec 17 victoires en 26 matchs, soit le meilleur classement de l’histoire du club au niveau national. Que t’inspire ce résultat ?

La satisfaction d’avoir atteint l’objectif, qui était de « progresser ». Avec 2 victoires de plus dans une poule plus forte et 2 places de mieux que l’an dernier, l’équipe est en phase avec la devise des sportifs, « citius, altius, fortius » (plus vite plus haut plus fort) : peu importe d’où on part, il faut essayer de faire mieux…

Ce groupe était très jeune, avec une belle marge de progression… Mais en même temps, il faut se rendre compte que l’ASSM Pfastatt a sans doute atteint le résultat optimal auquel une organisation « amateur » peut prétendre. Déjà en NM2, bien des clubs sont proches du « professionnalisme »…

  1. Nourris-tu des regrets de ne pas avoir décroché l’une des deux premières places ?

NON, pas de regrets, et c’est le corollaire de ce qui précède.

Certes, on peut toujours trouver dans la saison les 2 matchs qu’on aurait pu gagner pour monter en NM1 (à Tourcoing ou à Holtzheim où la victoire nous tendait les bras, ou à Gennevilliers et à Joeuf où on ne nous a pas laissé gagner).

Mais il faut bien se rendre compte que la NM1, l’étage supérieur, est une division professionnelle (la 3ème division professionnelle du basket français après la PRO A et la PRO B) !

On peut toujours imaginer d’y « monter » après une bonne saison de NM2, mais pour s’y « maintenir », il faut être prêt à adopter les règles de ce nouveau milieu, et donc évoluer vers du professionnalisme, ce que Pfastatt ne pouvait envisager…

  1. Cela fait 4 ans que tu as rejoint notre association, quels sont tes meilleurs et pires souvenirs durant cette période ?

Aucun mauvais souvenir ! Je dis merci à Bertrand TACZANOWSKI de m’avoir invité à coacher ces « jeunes seniors » et de rester un « senior jeune » à leur contact.

Le président sous la douche le jour de la montée en NM2 reste une image sympa, tout comme le titre de champion de France avec les minimes en 2017, bien sûr ! (José MORENO, le président du Comité Départemental me rappelait que le précédent titre de champion de France minimes pour le Haut-Rhin remonte à 1990 avec le MBC, lorsque Francis SCHNEIDER coachait son fils Florian et mon fils Stéphane, Frédéric DEMONTOUX, etc…)

Je suis fier d’être membre d’un club qui obtient des résultats exceptionnels (le mot n’est pas trop fort) au niveau des jeunes grâce à toute une équipe d’entraîneurs dévoués et compétents !

  1. Venons-en au changement d’identité de notre club, qui n’a pas été très médiatisé. Pourtant, il y a sûrement beaucoup à dire sur la naissance du Mulhouse Pfastatt Basket Association. Peux-tu détailler la structuration exacte du MPBA avec ses différents acteurs et décrire ton rôle ?

Précisément, ce n’est pas forcément « mon rôle » d’en parler, je ne suis qu’un entraîneur…

Mais je ne trahis rien en rappelant que le point de départ se situe à la Mairie de Mulhouse le 14 mai lorsque Madame LUTZ, Maire de Mulhouse, et M. HILLMEYER, Maire de Pfastatt, ont clairement exposé aux représentants des deux clubs la nécessité d’unir leurs compétences et leurs efforts pour la cause du basket : et dans ce cas ils bénéficieraient du soutien des municipalités.

Soyons clairs, sans une « volonté » municipale, les ambitions sont forcément limitées !

Alors je dis MERCI à nos maires d’avoir pris l’initiative.

Dès les années 1990, Orthez a été précurseur en se rapprochant de Pau avec le succès qu’on connait. Plus près de nous, la Sportive Illkirch Graffenstaden est devenue Strasbourg Illkirch Graffenstaden : mon ami Jérôme CHRIST, international lorsqu’il était joueur, est le président de la SIG à l’origine de ce rapprochement qui a conduit Strasbourg à son premier titre de champion de France en 2005. (j’y étais, battu en finale avec Nancy). Chaque fois qu’on se voyait, il me disait « quand est-ce que vous aurez compris à Mulhouse et Pfastatt ? ».

  1. Il nous a semblé que les tractations entre les parties prenantes (les deux Mairies, le FCMB Elite – liquidé judiciairement en mai – et l’ASSM) n’ont pas été un long fleuve tranquille. Peux-tu nous en dire plus, notamment sur les points durs ?

En fait, le « fleuve était long » dans la mesure où il a fallu attendre la liquidation du FCM Basket Elite qui n’est survenue que le 30 mai. La fusion souhaitée par les mairies entre Pfastatt et le FCM « amateurs » ne pouvant se faire dans les délais impartis pour des raisons techniques et administratives, la seule solution était de changer le nom de l’ASSM PFASTATT en MULHOUSE PFASTATT BASKET : Bertrand TACZANOWSKI en reste le Président et il délègue la direction et la gestion de l’équipe de NM2 à Antoine LINARES. La NM2 se joue au Palais des sports de Mulhouse et la NM3 à la Polyvalente de Pfastatt.

  1. Hormis la subvention de la Mairie de Mulhouse (150000 euros), c’est surtout l’ASSM Pfastatt qui sauve le basket mulhousien. Comment en est-on arrivé là ?

Désolé de te contredire, mais on ne peut vraiment pas voir les choses de cette manière.

Rappelons le plus objectivement possible la situation des deux clubs :

  • Après l’échec sportif et financier de son « élite », le FCM Basket était en départementale (la 8ème division française).
  • Mais de son côté l’ASSM avait atteint son apogée en NM2 et ne pouvait prétendre à mieux.

Au point que poursuivre en NM2 était devenu aléatoire…

Ainsi, même si elles étaient d’ordre différent, les difficultés assaillaient les deux clubs !

Et à l’arrivée, en unissant les moyens en un seul club, MULHOUSE PFASTATT BASKET, on réussit à préserver le travail effectué au niveau des jeunes jusqu’à la NM3 à Pfastatt et à maintenir une équipe de NM2 ambitieuse au Palais des sports de Mulhouse !

C’est ce qu’on appelle « un ticket gagnant-gagnant » pour le basket à Mulhouse et banlieue au sens le plus large !!!

Et on le doit, comme dit précédemment, à la volonté commune et au soutien appréciable des maires et de leurs équipes municipales ! Je dirais donc plutôt que c’est ce qui « sauve une ambition pour le basket ».

  1. Tous les acteurs étant licenciés dans le même club, existent-ils des passerelles sur les plans sportif et financier entre l’équipe engagée en N2 et les autres, notamment celle engagée en N3 ?

Oui, depuis la saison dernière, avec Laurent MINNIG, nous avons établi des plannings et des contenus d’entraînement harmonisés permettant à tous de s’entraîner plus : 5 joueurs de l’équipe 2 participaient plus ou moins régulièrement aux entraînements de l’équipe 1, ce qui contribue à leurs progrès. Et des joueurs de l’équipe 1 qui en avaient la possibilité prêtaient ponctuellement main forte à l’équipe 2.

Avec 10 joueurs en équipe 1 et environ autant en équipe 2 nous aurons encore besoin de nous entraider, ne serait-ce que pour pallier des absences en cas de blessure.

  1. L’équipe élite est constituée de six joueurs et du coach de Pfastatt (Lucas Plasse, Quentin Diehl, Quentin Willig, Ismaïl Soussi, Johan Grebongo, Bacasso Minté et toi), et de quatre nouvelles recrues. Hormis ton assistant Mathieu Gitta, il n’y a personne du feu FCM Basket Elite sur le parquet. Quelle en est la raison ?

Il faut bien se replacer dans le contexte : à partir du dernier match de championnat, le 5 mai et le moment où on avait la quasi-certitude que le MPB existerait, il s’est passé plus d’un mois ! Un mois au cours duquel tous les joueurs sont sollicités par d’autres clubs…

De plus, comme c’est Pfastatt qui change de nom pour devenir le MPB, tous les joueurs de Pfastatt sont, par définition, membres de ce nouveau club. A l’inverse, la fusion n’étant pas possible dans l’immédiat, les joueurs du FCM sont toujours affiliés au FCM et considérés comme mutés dans le nouveau club MPB.

Comme on n’a droit qu’à 4 mutés, il était par conséquent indispensable de « garder » au moins 6 joueurs de Pfastatt. Or pendant plus d’un mois, ils voyaient passer des offres de clubs concurrents.

Et pendant plus d’un mois j’ai communiqué avec les joueurs de Pfastatt en leur disant que j’étais convaincu qu’une structure ambitieuse finirait par se mettre en place et que l’équipe 1 allait s’appuyer sur leur présence dans l’effectif : pour autant, je n’avais pas de preuve à leur fournir, personne n’était en mesure de leur faire signer une licence voire une convention dans le nouveau club. Et malgré des propositions concrètes émanant de clubs concurrents (dont j’ai pu vérifier la véracité), ces 6 joueurs m’ont fait confiance et ont attendu, prenant le risque de « tomber entre deux chaises ».

Je les remercie vivement  pour cette confiance, car sans eux il aurait été compliqué de construire une équipe.

Les joueurs du FCM pouvaient faire partie des 4 mutés : j’ai pris directement contact avec 6 d’entre eux dans cette perspective. Mais début juin les uns avaient déjà signé ailleurs et les autres ne correspondaient pas totalement aux critères du nouveau club…

  1. Et toi, tu te sens plutôt « Pfastatt » ou « Mulhouse » ?

Tu peux en juger toi-même : né à Mulhouse, j’y ai fait mon lycée, mes études à l’Ecole de Chimie et j’y ai travaillé 15 ans dans la chimie au cours de mes 40 premières années. Et j’habite à Pfastatt depuis 1980.

J’ai appris le basket Cour de Lorraine à Mulhouse, aux « Joies du jeudi » à 10 ans, aux côtés de Jean-Luc CEREJA (que tout le monde connait à Mulhouse) et du regretté Yves MAGAIL, l’oncle de Magali MAGAIL qui entraîne avec succès les filles du volley. Mon initiateur était mon oncle et parrain Marcel TSCHANZ, lequel entraînait également l’équipe première (qui opérait en N2 de l’époque, la 2ème  division nationale, la PRO B d’aujourd’hui) et qui m’a mis sur le terrain des seniors à l’âge de 16 ans.

  1. Le « TSCHANZ », gymnase historique du basket à Mulhouse porte donc le nom d’un membre de ta famille ?

Oui, c’est M. BOCKEL, en tant que maire de Mulhouse, qui a choisi de donner au gymnase du Haut-Poirier le nom d’un éducateur qui aura passé plus de temps dans cette salle qu’à la maison.

Et dans le même ordre d’idée, je suis ravi d’avoir débuté la saison dans le gymnase Maurice SCHOENACKER : Maurice a été un homme remarquable au service en particulier du handibasket qu’il a conduit aux sommets.

A l’époque où je coachais le MBC, mes joueurs et les joueurs en fauteuil avaient une superbe relation : ils organisaient des matchs en fauteuil et je te laisse deviner qui gagnait…

  1. En tant que joueur, tu étais aussi le capitaine de l’équipe du MBC championne de France de Nationale 3. C’est ton meilleur souvenir de joueur ?

J’ai débuté à l’AS MULHOUSE, joué en N2 aux SREG MULHOUSE (dont papa était président) avant la fusion entre les SREG et ST-JOSEPH pour devenir le MBC, MULHOUSE BASKET CLUB en 1972. François SCHMITTLIN en était le premier président – et un excellent président – qui a lancé ce club sur les meilleures bases. Mon ami Claude HEMMERLIN en était le premier capitaine et je lui ai succédé en 1973. Très farceur, il avait dit qu’il se ferait moine si on était champion : il était effectivement déguisé en moine le jour de la finale.

Mais mon meilleur souvenir remonte à 1975 : j’étais 40 minutes sur le parquet lors d’une victoire arrachée contre Monaco et qui aurait dû nous ouvrir les portes de l’élite française. Ce soir-là, le Palais des sports établissait son record d’affluence avec plus de 5000 places vendues.

  1. N’y avait-il pas d’autres records d’affluence lorsque le MBC jouait la Coupe d’Europe quand tu en étais l’entraîneur ?

Certes. J’ai entraîné le MBC de 1985 à 91. Mon frère Christian en était le capitaine, il partageait le poste de meneur avec Jamel BENABID et Daniel CONTESSI y allait de son tir à 3 points : tous trois travaillaient à temps plein et s’entraînaient après le travail ; ils n’étaient donc que « semi-pros » dans un monde de « pros » : notre équipe était atypique et n’en a pas moins obtenu des résultats. Nos Américains étaient plutôt spectaculaires et efficaces…

Après la montée en PRO A, la victoire au tournoi des As en 89, les deux années de Coupe d’Europe jusqu’en quarts de finale de la Coupe des Coupes d’abord et jusqu’aux demi-finales de la Korac ensuite, ont effectivement connu un sacré succès populaire : contre le Real MADRID, tous les billets étaient vendus, mais deux mille personnes agglutinées devant les portes poussaient pour entrer et participer à la fête, parfois même sans voir le terrain !

  1. Cela fait beaucoup de souvenirs dans le basket mulhousien et au Palais des sports !

En effet, j’étais au match d’inauguration du Palais de sports de Mulhouse en 1958 pour une finale de Coupe de France entre le Denain de mon ami Jean DEGROS et le Charleville-Mézières de Jean-Paul BEUGNOT (le père de mon collègue coach Grégor BEUGNOT), deux joueurs emblématiques du basket français.

Au bilan, j’ai passé 16 ans en tant que joueur à Mulhouse, 6 ans comme coach au MBC et 4 ans comme coach à Pfastatt, soit 26 ans à défendre les couleurs locales.

  1. Aide-moi à reconstituer ton palmarès : deux titres de Champion de France de PRO A, la première place en saison régulière de PRO A, cinq finales de Championnat de France, et deux Trophées des Champions avec Nancy, deux Tournois des As avec Nancy et Mulhouse, deux finales de Coupe de France avec Gravelines et Nancy, 16 saisons en Coupe d’Europe dont deux années en Euroligue, une victoire en play-offs de PRO B avec Le Havre, deux montées en PRO A avec Mulhouse et Le Havre, etc … Avec tes 40 ans de coaching et ton palmarès en 27 ans de « coach PRO », tu as conscience de faire l’unanimité pour entraîner ce MPB ?

On ne fait jamais l’unanimité… Même les 7 nains avaient un « Grincheux » parmi eux. Mais ça ne les empêchait pas de « rentrer du boulot » en chantant ! Alors retroussons-nous les manches et allons joyeusement à l’entraînement…

  1. Un mot pour les fans de basket mulhousien, notamment les membres du KOP 2001, qui sont passés par tous les états ces dernières années

Je répète souvent aux joueurs que c’est dans les moments difficiles qu’on a l’occasion de gagner le respect des coéquipiers.

J’ai du respect pour tous ces membres du Kop qui ont fidèlement montré leur attachement à leur équipe, à leurs joueurs, au cours d’une saison plus que difficile.

Je compte sur leur adhésion à notre nouveau club et j’espère qu’en réponse à leur soutien notre équipe puisse leur plaire et leur offrir une saison avec plus de victoires.

Interview réalisée par Jean-Laurent Soltner